Monique s'est arrêtée à Rimini...
De retour d'Italie, Monique partage avec nous réminiscences, photos et notes de voyage.
Amarcord Fellini
Dans le Tempio Malatestanio de Rimini, devant le portrait par Piero della Francesca du prince Sigismond Malatesta agenouillé devant son saint patron Sigismond, je me souviens. ..
Je me souviens qu'un autre dessinateur contemporain est né aussi à Rimini : Hugo Pratt, auteur du fameux Corto Maltese, pirate à la vie aussi tumultueuse que celle du beau Sigismond…
Amarcord , en patois romagnol, veut dire « je me souviens »… Qui savait que Fellini et Perec avaient en commun cette fascination pour le passé ?
Amacord…
Moi aussi je cherche, je glane, je tricote les souvenirs de Fellini, en marchant dans les rues de Rimini, où il est né en janvier 1920.
Au sein de cette grande station balnéaire à l’interminable plage caressée par l’Adriatique, il reste des lieux felliniens mythiques.
Le gâteau à la crème du Grand Hôtel, par exemple, ou le vieux théâtre:

Ou bien des noms de rues plus felliniens que nature: on a même débaptisé la rue Mozart pour l’appeler rue Vitelloni !

(I Vitelloni, Federico Fellini)
Il y a aussi de belles villas cossues et vieillottes, une ambiance provinciale au sein de la ville historique,
et des traces d’un fascisme qu’on n’arrive pas ici vraiment à oublier, cartes postales ou briquets à l’effigie du vilain Benito, lui aussi de la région.

(Au temps de la grande marche, 1922)
Mais sur les tags colorés qui bordent le canal, c’est maintenant Berlusconi qui sourit de toutes ses jolies dents…
Amarcord… Je me souviens, Amarcord, film tourné en 1973, chronique d’un petit bourg envenimé par la montée du fascisme.
Je me souviens du héros, Titta, ce gamin rigolo (Fellini enfant, joué par Bruno Zanin) qui fuit l’ambiance familiale explosive pour découvrir le monde. Le monde, ou plutôt tout ce que Rimini compte de gens bizarres, qui s’agitent sur la musique de Nino Rotta : une religieuse naine, un colporteur menteur, une buraliste à forte poitrine, un prof de Grec champion de grimaces, la mère qui louche quand elle hurle et qui décide de tuer toute sa famille en mettant de la strychnine dans le potage… Pauvre Titta !
Trop grinçant pour mon moral, tout ça. Pour un peu je chercherais au large le mystérieux transatlantique illuminé qui croise dans le film pour m’enfuir à mon tour…
(Amarcord, Fellini)
Mais je suis arrivée rue Giulietta Masina et tout s’apaise…En 1939, à Rome, Fellini, embauché par un hebdomadaire, écrit une série de nouvelles pour la radio. L’une des lectrices est Giulietta. C’est le coup de foudre. Ils se marieront le 30 octobre 1943. C’est à elle qu’il devra son premier succès international en 1954 avec la « Strada ».

Amarcord…
Je continue mon pèlerinage dans les rues de Rimini, finalement bien jolie sous le soleil d’août, et je chante à mi-voix « O Gelsomina… »
Monique Coudert
pour le texte et les photos non légendées