Sophie Calle à la BNF: Monique a un peu calé...

Publié le par magali duru

 Iconoclaste, Monique? Parfois un peu...


 

Prenez soin de vous !


 



(photo Dominique Hasselmann)



Jolie petite phrase tendre qu'on a toutes entendue (ou machinalement dite) au moment où la séparation avec un être cher nous laisse quasiment sans voix...

C'est la phrase qui terminait le mail de rupture que Sophie Calle a reçu de son amant et c'est aussi le titre de sa dernière exposition, qui, après Venise et sa Biennale s'est installée à la salle Labrouste de la Bibliothèque nationale de France, rue Richelieu.

Ce lieu mythique, officiel, studieux s'accommode particulièrement bien de cette installation artistique. Le spectateur (ou plutôt la spectatrice, car dans la file d'attente on compte un homme pour dix femmes) sait en général ce qui l'attend : les expositions de Sophie Calle sont toujours basées sur une mise en scène de sa vie.

L'exposition est discrète. Pas de grands panneaux qui scintillent et couvrent les fresques du XIX. Quand on pénètre dans la salle de lecture aux lambris de bois et aux célèbres petites lampes d'opaline verte, ce qui frappe d'abord c'est le bruissement. On n'arrive pas tout de suite à comprendre d'où vient ce petit bruit de chuchotis, léger comme un ruissellement d'eau dans la montagne. Et puis on s'aperçoit qu'un écran en fond de salle, accroché sous la coupole, laisse se dérouler une vidéo mystère dans la demi-obscurité de la salle de lecture. 107 autres écrans sont placés sur les tables, petits comme des ordinateurs sur lesquels se pencheraient les étudiants studieux s'ils étaient en train de travailler dans la bibliothèque. Quelques documents écrits, quelques photos sont disposés sur des lutrins et transforment donc la visiteuse de l'exposition en un être dérouté, silencieux, respectueux...vieille étudiante d'un fait artistique original.

Car il faut en venir au contenu réel de cette « exposition ».

La même et unique lettre de rupture reçue par Sophie Calle a été confiée à 107 femmes différentes afin que chacune la lise, la commente, l'analyse, la triture, la transforme à sa guise devant la caméra de l'artiste. On ne peut les nommer toutes : Arielle Dombasle, Sapho, Jeanne Moreau, Florence Aubenas, Camille, Christine Angot, pour ne citer que les plus en vue, côtoient des femmes commissaire de police, linguiste, danseuse, voyante, institutrice, psychanalyste, clown, sociologue et même une élève de CM2 !

Sauf erreur ou omission je n'ai pas vu de coiffeuse, de technicienne de surface, d'OS ou de vendeuse de supermarché... C'est là où le bât commence à me blesser... N'ont-elles rien à dire sur la rupture, celles-là ? N'auraient-elles pu interpréter, à leur façon, les jolis mots que Monsieur G a si bien agencés dans son mail de rupture ? Pourquoi n'ont-elles pas eu droit, elles aussi, à l'expression de leur douleur ?

Sophie Calle s'est donc « défaussée » sur les femmes pour qu'elles produisent une œuvre d'art à sa place, tirée de leur expérience de femme délaissée. Mais fallait-il absolument que ces femmes élues soient toutes investies d'un certain rapport à l'art ? Ce complot de la vengeance me semble « utilisé », mis à distance, et pour finir bien loin de la vraie douleur d'abandon. Je trouve le résultat artistique certes, mais incomplet, partiel pour ne pas dire partial.

De même, le « fait » féminin finit par me peser. On comprend que les hommes ne se bousculent pas dans les travées. Le chuchotis prend tout à coup un autre sens, un peu dérangeant, l'atmosphère devient celle d'un pensionnat de jeunes filles et je me surprends à espérer qu'un spectateur macho, à bout de nerfs, se mette à hurler dans la salle :  Toutes des salopes !  Voilà qui ferait un happening intéressant...

Je ressors de ce haut lieu de la culture française, malgré tout mon respect pour le magnifique travail d'installation de Buren et mon adhésion à l'idée de départ de Sophie Calle, un peu frustrée par la vacuité de l'exposition. Tout cela ressemble à un atelier d'écriture vidéo, à la manière des exercices de style de Queneau ...dont la consigne aurait été « la rupture amoureuse ». Sur un sujet aussi sensible, j'aurais souhaité un peu plus d'authenticité.


Monique Coudert


 



(Sous la coupole de la salle Labrouste. photo Bruno Mondino, in Beaux arts magazine et la BNF)


NDLR:

Monique semble avoir préféré le concert de Radu Lupu :

« Quel étrange petit bonhomme bedonnant et barbu qui arrive tout planplan sur la scène du Châtelet et s'installe comme un menuisier devant son établi. A peine une main sur le clavier, le tâcheron se transforme en papillon. On comprend tout de sa musique, il l'explique par ses doigts, par les voix qu'il souligne, retenant un quart de seconde de plus telle résolution, finissant par transformer même les sonates de Schubert en un dialogue passionné Litzisant ou Chopinisant.

Moment délicieux mais fugace.

Le charme disparaît sitôt il quitte la scène. Étrange moment. "

 

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Sophie Calle. Exposition

26 mars 2008 - 15 juin 2008
site Richelieu / Salle Labrouste BNF
26 mars 2008 - 15 juin 2008



Les mardi, mercredi, vendredi et samedi, de 10h à 20h
Le jeudi, de 10h à 22h
Le dimanche, de 12h à 20h
Fermée le lundi et le 1er mai.

L'exposition sera ouverte le jeudi 8 mai (de 10h à 22h).

En raison de la forte affluence le week-end, il est conseillé de se renseigner au 01 53 79 87 93 avant de se déplacer.

tarif plein : 7.00 euros   
tarif réduit : 5.00 euros
billet couplé Daumier / Prenez soin de vous : 10 euros


 

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Publié dans Evènements

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C
Rectification : la photo n'est bien sûr pas de moi (l'article, oui, je persiste et signe) Vous vous rendrez vite compte qu'elle est de Jean-Baptiste Mondino pour "Beaux-Arts magazine et la BNF"
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A
Quand nos plumes donneront-elles  à voir et à entendre cette musique si forte d'un Radu Lupu!  Vous nous mettez Madame, le gôut à l'oreille puis, plouf! Vous disparaissez avec le painiste!
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A
L'exposition de Madame  Calle bénéficie sans aucun doute d'une mise en scène passionnante mais après avoir  lu Monique Coudert, j'ai préféré l'oeuvre gravé de Goya, forte, musclée, roborative et dont les taureaux dansent une véritable chorégraphie avec la mort et les toreros qui vous emporte bien loin, bien haut, bien vrai  ! Les scènes de guerre sont farouches! Attention âmes sensibles ! Au moins  là, vous croiserez des messieurs !
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