Les silences de la petite page 3 chez Le Scribe de Montauban.
Les beaux dimanches étaient sur les routes, jeudi et vendredi, (dans le sac à main de leur Autrice).
Je vous parlerai de la première halte.
L'instant magique, quand on arrive à Montauban (prendre en venant de Toulouse la sortie "Auch, Montauban -Sud", si vous sortez à Sapiac, vous ratez tout!)
c'est là:
avec l'apparition du Pont Vieux et la silhouette imposante du Palais épiscopal (actuel musée Ingres).
Le reste est à l'avenant.
Au Scribe vous attendent:
- un Libraire du Scribe qui pose les bonnes questions (celles qui ont des réponses, ouf!)
- une Blogueuse-Liseuse en toque de laine Anna Karénine
- un Narratologue que n'étonne pas votre "schizophrénie d'auteur" et qui admet bien volontiers que quand vous écrivez, vous... écrivez (et vous n'appliquez pas en même temps une grille de lecture estampillée Linguistique Générale)
- un Monsieur qui trouve que "trop noir c'est trop noir" mais admet gentiment que tout bien considéré, black is beautiful quand même surtout si on le met à la lumière...
Vous attendent aussi une vingtaine de lecteurs moins différenciés mais de bonne volonté et on essaie de parler pour ceux-là, de lire pour ceux-là.
On sort des ornières, on passe les obstacles, en douceur, dirait-on, et tout s'acheminerait vers une heureuse conclusion, avec un petite histoire inédite en prime si la petite page 3 ne tapait soudain du pied et ne décidait que...
Basta cosi! Terminus! Finito!
Qu'est-ce que c'est que ce ronronnement de félin repu qui monte de la salle? Cette béatitude plan-plan qui emplit l'Autrice lisant tranquillement son texte?
Un peu d'action là-dedans, que diable! Des ressorts, des péripéties! Des complications!
Alors la petite page 3, courageusement, prend sa décision. Elle va payer de sa personne.
Et quand l'Autrice arrive au bout de la page 2, la petite page 3 ne fait ni une ni deux (ni trois d'ailleurs, c'est là l'astuce). Elle se sacrifie sur l'autel du Suspens et du Rebondissement: elle disparaît.
Et l'Autrice reste là, la main en l'air, bouche bée, l'air très courge.
Page 2 finie, page 4 en vue, mais de page 3 nulle part!
Que faire? Lire autre chose? Impossible! ( Il monte de l'assistance quelque chose qui rappelle le feulement du tigre qu'on a réveillé un peu tôt. En plus grognon).
Alors, l'Autrice n'a plus qu'à se faire, comme elle peut, à grand renfort de gestes, de euh... et de souvenirs confus, conteuse de son propre texte.
(Et c'est là, les amis, qu'on se félicite de ne pas avoir de nègre, de travailler ses textes jusqu'à l'usure et de les savoir au final presque par coeur!)